ANRS 12243 « UDSEN »

ANRS 12243 « UDSEN »

Enquête de prévalence et de pratiques à risques d’infection à VIH, VHB et VHC chez les usagers de drogues dans la région de Dakar (Sénégal). ANRS 12243 – UDSEN

Promoteur: Agence Nationale de Recherches sur le Sida et les hépatites virales (ANRS, France), Institut de Médecine et d’Epidémiologie Appliquée (IMEA, France), Fond Mondial

Investigateurs coordonnateurs : Dr Leprêtre Annie, Hôpital Bichat Claude Bernard, IMEA, Paris (France), Dr Ba Idrissa, Hôpital de Thiaroye, MSPM, Dakar (Sénégal)

Comité Ethique: Accord du comité éthique du MSP/DS/CNRS le 04/03/2011

Date : Janvier 2011 à Décembre 2013

Résumé: L’Afrique de l’Ouest est devenue une zone de transit de l’héroïne et de la cocaïne à destination des pays consommateurs d’Europe et d’Amérique du Nord. Les conséquences en sont le développement du trafic et la consommation locale de ces drogues. Au Sénégal, l’étude de faisabilité ANRS 12208 a permis de confirmer l’existence d’une population d’usagers d’héroïne et de cocaïne/crack dans différentes régions du pays. La région de Dakar, qui regroupe le quart de la population du pays est particulièrement concernée : une « scène ouverte » existe dans un quartier de Dakar. Plusieurs éléments (usage de la voie intra veineuse minoritaire mais existante, consommation en groupe, prostitution, précarité, liens avec usagers de drogues européens) suggèrent que cette population présente des facteurs de vulnérabilité importants aux infections à VIH, VHC et VHB. Actuellement, le recours aux soins des usagers est très limité, dans un contexte social de type répressif et un contexte sanitaire n’offrant pas de recours à des soins spécifiques.

Objectifs : Mener une enquête mesurant l’ampleur de l’usage des drogues injectables, quelque soit le mode d’usage, dans la région de Dakar et estimer la séroprévalence VIH, VHC et VHB chez les usagers. La taille des populations d’usagers injecteurs et non injecteurs sera estimée. Les comportements à risques liés au mode d’usage et aux comportements sexuels seront identifiés. Le rôle du lien avec les Européens dans la diffusion du mode d’usage IV sera exploré. Les besoins des usagers en matière de prévention de la transmission du VIH, du VHB et du VHC et de soins d’addiction seront identifiés.

Méthodes : La méthode d’échantillonnage orientée par les répondants, dite RDS, validée par les CDC d’Atlanta, comme méthodologie de référence de surveillance du VIH dans les populations difficiles à atteindre, sera utilisée. Le CRCF (site ANRS, CHU Fann) constituera la base de recherche. La taille estimée de l’échantillon est de 500 à 650 personnes. Les participants seront recrutés par vagues, à partir de « graines », représentatives de la diversité des usagers, chaque participant se voyant proposer de recruter trois usagers. Seront inclus les usagers de drogues ayant eu recours au mode d’administration intraveineux et/ou ayant consommé de l’héroïne ou de la cocaïne/crack au cours des trois derniers mois. L’enquête comportera un questionnaire RDS, un questionnaire comportemental et le recueil de gouttes de sang sur papier buvard. La gestion des prélèvements sera faite par les biologistes du laboratoire de virologie de l’hôpital Le Dantec, au sein de l’antenne du laboratoire au CRCF. Les usagers qui le souhaitent auront communication des résultats des sérologies lors d’une consultation et proposition, le cas échéant, d’une prise en charge dans le cadre du programme national de prise en charge du VIH.

Cette enquête s’inscrit dans une démarche formative et de recherche opérationnelle visant, à mobiliser et former les personnels de structures de santé à la problématique de l’usage de drogues et du VIH.

Résultat: L’enquête s’est déroulée dans de bonnes conditions, d’avril à juillet 2011. La population des usages précaires d’héroïne et/ou de cocaïne/crack de la région de Dakar est estimée à 1324 (IC 95% 1281- 1367).
506 usagers ont été inclus dans l’enquête, dont 91,5% avaient consommé de l’héroïne au cours du dernier mois. 27,5% des enquêtés s’étaient injecté une drogue au moins une fois dans leur vie et 13,8% avaient utilisé l’injection au cours du dernier mois. La prévalence du VIH est de 4,4 % vs 0,7% en population générale. Elle est de 9,4% chez les UD ayant déjà utilisé l’injection vs 2,5% chez les non injecteurs. La prévalence du VIH est élevée chez les femmes : 21,1 % pour celles ayant déjà injecté vs 7,5% pour les autres. La prévalence du VHC est élevée: 23,7 % vs < 1% en population générale, encore plus pour les UD ayant déjà utilisé l’injection : 38,9 % vs 18% pour les non injecteurs. Il n’y a pas de différence selon le sexe. 226/609 usagers dépistés sont venus chercher leurs résultats. 39 patients soit 21% de l’ensemble des personnes ayant au moins un test positif étaient suivis à la consultation médicale du CRCF au 31/12/2011.

Une équipe de prévention mobile auprès des UDI précaires a repris le travail de terrain depuis septembre 2011, elle a commencé à distribuer des seringues mi novembre 2011. Les UDI font parti des populations vulnérables au VIH/SIDA dans le PLNS 2011/2015.

Perspectives

– Analyse multivariée et rédaction du rapport d’analyse final
– Réalisation d’études virologiques complémentaires : charges virales et sous typage des 22 prélèvements VIH positifs au LBV.
– Restitution des résultats complets de l’enquête : aux UDI selon les modalités définies à partir de l’étude en cours, aux différentes autorités sanitaires et partenaires
– Rédaction et publication d’articles dans des revues d’audience internationale.
– Poursuite de l’appui pour la promotion d’actions de RDR et de traitements de substitution pour les UDI de la région de Dakar ( projet de formation ESTHER , mission d’appui FEI/FM , projet de centre de soin et de prévention de référence à l’hôpital Fann).